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Petite histoire de nos forêts

La forêt française telle que nous la connaissons n’a pas toujours existé. Elle est apparue il y a plusieurs milliers d’années, présentant alors un tout autre aspect que celle d’aujourd’hui. Elle s’est alors imposée comme source d’éléments nutritifs et d’énergie. Elle est un écosystème en perpétuelle évolution et son exploitation, au cœur de la vie économique et sociale, a progressivement fait l’objet de règlementations.


 



Selon l'histoire évolutive des végétaux, ce n’est que depuis 10 000 à 15 000 ans que naissent véritablement les premières forêts semblables à celles qui nous entourent aujourd'hui, même si elles sont présentes sur Terre depuis 380 millions d'années. La forêt française est pour partie la continuité d'un écosystème qui s'est déployé puis contracté au rythme des dernières glaciations, favorisant ainsi certaines espèces. Après l’adaptation des plantes marines à la vie sur terre, certaines plantes s'affranchissent du milieu aquatique et se dirigent vers la lumière. Alors que les premières plantes terrestres demeurent à la surface du sol, la compétition pour la lumière favorise le développement de végétaux de plus en plus hauts, Les premiers arbres se déploient alors.


Avec le réchauffement climatique du paléolithique, les végétaux évoluent. Des nouvelles essences apparaissent comme le bouleau, le noisetier, l’orme, le tilleul. La forêt est un espace boisé qui ne se compose pas seulement d’arbres, mais aussi d’espèces végétales et animales qui sont autant d’éléments nourriciers qui permettent à l’humanité de survivre.



La forêt nourricière


L’homme du néolithique s’installe près de la forêt et favorise son développement car il a vite compris que les espaces boisés sont une source inépuisable de richesses en lui apportant les éléments lui permettant de survivre. Il vit alors surtout de récolte et de chasse. Par la cueillette, il tire de nombreux produits alimentaires de la forêt : fruits sauvages, pommes, poires, noix, noisettes, châtaignes, baies comme les mures, framboises, fraises. Par la chasse, il trouve en forêt des animaux à plumes et à poils dont il se nourrit.


Vers 5 000 avant JC, la forêt européeenne comprend des saules, chênes, châtaigniers, ormes, tilleuls, pins, sapins et épicéas. Progressivement l’homme passe du stade de la cueillette à celui de la culture. Il prélève des plantes qu’il se met à cultiver sur des terrains défrichés (pommiers, cerisiers). Certaines plantes sont utilisées comme médicament. Il capture dans la forêt des animaux qu’il se met à élever : lapins, porcs.




La forêt énergétique


Dès 3 000 avant Jésus-Christ, la forêt ne se limite pas seulement à offrir des éléments nutritifs pour l’espèce humaine et les troupeaux, elle leur fournit aussi de l’énergie pour la cuisson des aliments et des matériaux pour fabriquer des armes de chasse, des ustensiles de cuisine et des outils agricoles. Élément indispensable de la vie de l’humanité, source d’énergie essentielle pour son chauffage et sa nourriture, le bois fourni par les espaces forestiers joue un rôle majeur. Il est sélectionné en fonction de sa résistance à l’humidité.


Ce sont par la suite les constructions médiévales qui vont exiger une grande quantité de bois pour les échafaudages, églises, abbayes et ponts. Les charpentes de la Cathédrale de la Chartres et de notre Dame de Paris sont si denses qu’on les appelle « la forêt ». Peu à peu, s’organise une exploitation forestière massive. L’augmentation démographique des villes et l’évolution des comportements face au froid amènent une quête du bois de feu.


L’alimentation en coupe et en forêt anime une activité de transport terrestre et fluvial, stockage et distribution de stères pour chauffer des millions de citadins. Les principales industries au Moyen-âge telle que la forge sont consommatrices de bois. Cette utilisation explique que la forêt, lieu d’exploitation indispensable, est très peuplée jusqu’au début du XXème siècle. A la différence de la situation actuelle où elle est à peu près totalement inhabitée, la forêt de nos ancêtres est intimement liée à l’activité des villages. Sur ses lisières ou en son sein vivent en famille une multitude d’ouvriers spécialisés. En plus des bucherons se côtoient charpentiers, scieurs, sabotiers, charbonniers, ramasseurs d’écosses et de châtaigniers pour tanner le cuir, les récolteurs de résine les confectionneurs de fagots... Les chantiers importants réunissent une centaine de chariots et plusieurs centaines de bœufs. Les ouvriers forestiers habitent dans des cabanes à proximité. Ce monde forestier a maintenant quasi disparu.



Gustave Doré, gravure sur bois d’Adolphe Pannemaker et Albert Doms - BnF


La forêt, un écosystème qui évolue


L'histoire de la Terre est marqué par de nombreux épisodes de forestation et de déforestation. Avec la croissance démographique, les besoins en bois augmentent. Mais en période de guerre, d’épidémies, la population diminue. La forêt moins sollicitée reconstitue ses stocks. Si l’époque gallo-romaine est une période de défrichement, le déclin de l’empire et les grandes invasions provoquent un retour en force des forêts.


Du Xe au XIIe siècle, moines et paysans étendent leurs champs au dépens de la forêt. Le XIVe siècle voit un grand recul de l’arbre. Mais les ravages de la peste et de la guerre de cent ans entrainent un reboisement naturel. Si la surface totale des forêts tropicales mondiales n'est guère modifiée jusqu'au début du XXe siècle, celle des forêts tempérées a été considérablement réduite par les grands défrichements qui s'accélèrent à partir du Moyen Âge, les forêts massivement converties en terres agricoles sont réduites en quelques millénaires à la formation de garrigues et de maquis.


Ce capital forestier fluctuant est d'autant plus précieux qu'il peut faire l'objet de surexploitation et être mis en danger par les multiples activités humaines. Soucieux de pérenniser la valeur et les ressources des forêts, le pouvoir royal va édifier progressivement une organisation chargée d'encadrer leur gestion et leurs usages. Au cœur de la vie économique et sociale, des espaces boisés à réguler. Les forêts sont également gages de puissance politique et militaire : le bois alimente la construction navale, civile et militaire et soutient les fortifications. Les forêts contribuent à la renommée du pays et à celle de son souverain.



Jusqu'au XIVe siècle, les forêts françaises ont été exploitées, voire surexploitées sans aucune réglementation. Sous l’ancien régime, l’importance de la forêt dans l’économie locale tient à l’existence des droits d’usage. Outre les droits d’affouage (droit d'aller couper du bois dans une forêt pour un usage personnel de chauffage, pratique qui remonte au Moyen Âge) et de marronnage (droit permettant aux villageois de prélever le bois pour certains travaux précis, comme la construction de sa maison, de clotures ou d'outils), il existe des droits nourriciers comme le droit de cueillette.


Le droit de chasse est réservé à la noblesse. Pour l’aristocratie, la chasse est avant tout un divertissement qui permet de s’exercer et d’acquérir des trophées. La chasse la plus noble est celle du cerf, viennent ensuite l’ours, le sanglier, le chevreuil, le lapin et les oiseaux. Par la chasse, la forêt est intégrée à la vie féodale. Les roturiers ne peuvent légalement se nourrir en chassant. C'est ainsi que le braconnage se développe.



À tel point qu'en 1349 Philippe le Bel confie aux forestiers une mission de protection, afin que ces forêts « se puissent perpétuellement soustenir en bon estat ». De 1661 à 1669, un nouveau code est élaboré visant à réorganiser l'exploitation sylvicole et en assurer la pérennité. L'ordonnance de 1669 « sur le fait des Eaux et Forêts », rédigée sous l’impulsion de Colbert, grand réformateur de l’Administration forestière en cette fin de la Renaissance, vise à protéger et restaurer les ressources forestières pour permettre au pays de produire le bois nécessaire à la construction d’une marine puissante susceptible de rivaliser avec les flottes anglaises et hollandaises.




Pendant la révolution, la nation en armes puise pour survivre dans son patrimoine énergétique : charbon, bois de chauffage, fruits sauvages, bois d'oeuvre... Les propriétaires ruraux obtiennent le droit de chasse. Digne héritier de Colbert, Bonaparte comprend la nécessité de disposer d’une administration des eaux et forêts. En 1827, malgré ces mesures, à l'aube de la révolution industrielle, la forêt ne constitue plus que 16 % du territoire français et elle est mal en point. Un nouveau code, fortement inspiré de l'ordonnance de 1669 voit le jour en 1827 pour permettre à l’Etat de " reconstituer et protéger le patrimoine forestier national ". Le vicomte de Martignac, initiateur du projet de Code forestier, déclare à la Chambre des députés : « La conservation des forêts est l’un des premiers intérêts des sociétés, et, par conséquent, l’un des premiers devoirs des gouvernements. »


Le Code forestier français de 1827 est un recueil de textes réglementaires et législatifs concernant la protection et la gestion des forêts en France, notamment des forêts publiques relevant du régime forestier qui, sous une forme amendée, existe toujours à l'heure actuelle.

S’il a été totalement réorganisé par la suite pour prendre en compte la défense des forêts contre l'incendie et la définition des infractions forestières, sur le fond, peu de changements ont eu lieu. Ordonnance royale après ordonnance royale, siècle après siècle, l'édifice juridique et administratif s'étoffe. L'ONF (Office national des forêts) est créé en 1997. Sous la tutelle des ministères chargés de la forêt et de l'environnement, l’institution succède à l’administration en charge des eaux et des forêts, fondée il y a 700 ans par Philippe Le Bel dont la mission principale est d’assurer la gestion des forêts publiques.


Peu à peu, une prise de conscience générale de la valeur écologique de la forêt place les forêts comme un atout dans la transition énergétique et dans la lutte contre le réchauffement climatique. Une nouvelle page à écrire entre l'humanité et les forêts...



 

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