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Collapsologie ou théorie de l’effondrement : décryptage d’un phénomène néo-scientifique (1/2)

« Collapso-quoi ? », c’est la réponse que vous risquez d’obtenir si vous mentionnez cette néo-science passionnante auprès d’un public non averti. Pourtant ce courant de pensée très en vogue, au nom certes peu engageant, permet de poser un cadre concret et factuel sur une peur qui grandit dans tous les esprits… et qui semble encore plus tangible durant cette période où la nature se rebelle et nous pousse au confinement. Alors de quoi parle-t-on ?


Pour simplifier, la collapsologie est un courant de pensée qui étudie les risques et modes d’effondrement de notre société contemporaine… Certes, le sujet a l’air aussi sombre qu’il pourrait l’être, et pourtant… si nous remplacions « chaos » et « effondrement » par « nouveau départ » ou « métamorphose », est-ce que cela ne vous donnerait pas envie d’en savoir plus ? Assurément. Alors suivez-nous dans la vulgarisation de ce sujet éminemment complexe, qui débute par un bond temporel de quelques siècles.


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Histoire et fondements de la collapsologie


L’histoire de l’Humanité (que nous appelons plus récemment également « Anthropocène ») a connu de nombreux effondrements de civilisations au cours de son histoire. Parmi les plus célèbres, le cas de l’Ile de Pâques, reste aujourd’hui encore un grand mystère pour les scientifiques... Cette parcelle de terre isolée dans l’Océan Pacifique, et connue pour ses statues de pierre, aurait été accostée par des polynésiens aux alentours de 900 après J.C. Ils y auraient fondé une civilisation atteignant son apogée entre 1400 et 1600, période où elle se serait brusquement effondrée, sans qu’aujourd’hui encore, la raison n’en soit fermement avérée. Plusieurs hypothèses sont pourtant avancées : les habitants de l’Ile de Pâques auraient totalement épuisé leur environnement, rasant les forêts, décimant la biodiversité locale (entrainant notamment l'extinction de 12 espèces d’oiseaux terrestres et coquillages), jusqu’à en arriver à des actes cannibalisme. La raison de cette autodestruction serait à chercher dans la compétition entre les 12 ethnies locales, dont l’ambition démesurée ont entrainé cet épuisement des ressources insulaires, jusqu’à la disparition aussi soudaine que tragique de l’ensemble des populations.


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D’autres civilisations ont également fait des choix et pris des décisions dramatiques, quant à leur façon de se développer et d’interagir avec leur environnement. Nous pouvons citer notamment les Mayas d’Amérique Centrale (dont la déforestation a impacté les sols et les modifié le micro-climat) ou encore les Vikings : face au changement climatique, ce peuple guerrier s’est accroché avec orgueil à ses traditions en méprisant toute adaptation, à la différence des Inuits qui ont survécus à la même époque en faisant le choix inverse. Alors arrive-t-on à identifier des causes communes, dans la disparition de ces peuples, aux 4 coins du globe ? C’est l’exercice auquel s’est prêté Jared Diamond, un géographe et biologiste évolutionniste, américain, qui est considéré comme un des pères fondateurs de la collapsologie. Dans son best-seller « Effondrement : Comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie » (en anglais « Collapse »), il identifie 5 grands facteurs de risques, capable de fragiliser une civilisation jusqu’à entrainer sa disparition :

  1. La dégradation de l’environnement pour les besoins de cette société,

  2. Un changement climatique (par ex : période glaciaire, sécheresse prolongée, inondations massives…),

  3. La présence de voisins hostiles et le déclenchement de guerres,

  4. La perte de partenaires commerciaux vitaux pour le développement et la survie de l’économie,

  5. Les réponses de la société (dimensions culturelles, religieuses et politiques) aux problèmes environnementaux


Evidemment, il y a fort à parier qu’à ce stade vous soyez arrivés sans notre aide à la conclusion suivante : notre société thermo-industrielle coche, avec plus ou moins d’intensité, la quasi-totalité de ces facteurs… En particulier, les deux premiers, portant sur l’environnement, qui s’aggravent de jour en jour. Et malheureusement, ils sont loin d’être isolés des suivants. Comme nous l’avons vu précédemment, la survenue d’un seul de ces 5 facteurs, peut, par effet « boule de neige » entrainer le déclenchement des autres.

Alors comment se fait-il que nous continuions à étudier la société en la découpant par domaines totalement cloisonnés ? Environnement, social, économie, politique, tous ces aspects de notre civilisation sont étroitement imbriqués : ils s’influencent en permanence de façon consciente ou non, dans le bon sens comme dans le mauvais. Malgré cela, ils font l’objet de disciplines d’études spécifiques, avec des experts dédiés. Comment comprendre et anticiper les interactions complexes entre tous ces domaines sans avoir une discipline commune qui permettrait de créer le dialogue entre experts scientifiques, sociaux et économiques ?


C’est ce constat qui a mené à la création de la collapsologie : cette néo-science se veut transdisciplinaire, faisant intervenir l’écologie, l’économie, l’anthropologie, la sociologie, la psychologie, la biophysique, la biogéographie, l’agriculture, la démographie, la politique, la géopolitique, la bioarchéologie, l'histoire, la futurologie, la santé, le droit ou encore l’art. Elle prend comme postulat que l’homme « moderne » est en train de dégrader de façon critique et durable son environnement, en épuisant les ressources, détruisant la biodiversité et créant lui-même un changement climatique si rapide, qu’il menace son existence future. Mais la collapsologie ne s’arrête pas au « simple » aspect environnemental, elle met également en avant le risque de conjonction de différentes crises : fragilité du monde financier, crise énergétique, mauvaises décisions des gouvernements ou encore révoltes sociales et guerres.


Le mot français « collapsologie » a été inventé par Pablo Servigne (auteur et conférencier, docteur en biologie) et Raphaël Stevens (chercheur indépendant spécialiste du biomimétisme), qui ont portés ce courant de pensées à la connaissance du grand public en 2015, avec leur premier ouvrage « Comment tout peut s’effondrer. Petit manuel de collapsologie à l’usage des générations présentes ». Ils sont aujourd’hui considérés comme de véritables « théoriciens de l’effondrement », et sont très actifs sur le sujet : nous ne pouvons que vous inviter à vous pencher sur leurs travaux, si le sujet vous intéresse.


Le paysage historique est maintenant dressé, mais alors où en sommes-nous aujourd’hui ?


Cette introduction à la collapsologie vous a plus ? Nous vous proposerons dans une seconde partie, de regarder de façon plus détaillée les menaces principales qui pèsent sur notre société, et tâcherons de vous convaincre que, malgré ce sombre tableau et malgré la photo de Mad Max en début d’article, oui, il reste encore de l’espoir !



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