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Collapsologie ou théorie de l’effondrement : décryptage d’un phénomène néo-scientifique (2/2)

Dans cette seconde partie de notre article proposant une vulgarisation de la collapsologie, nous vous proposons de rentrer dans le détail des menaces principales qui pèsent aujourd’hui sur notre société thermo-industrielle.


 

Pourquoi et comment notre société pourrait s’effondrer ?


Acte 1 : pétrole, mon beau pétrole.

Notre société a vécu un véritable emballement à partir du milieu de XIXème siècle avec le début de la révolution industrielle. Cette période a vu exploser l’utilisation du charbon, de la machine à vapeur et a donné lieu aux premières découvertes pétrolières. S’en sont suivis près de 2 siècles de progrès technologiques fulgurants, qui ont modifiés en profondeur le visage de notre civilisation, beaucoup plus urbaine, beaucoup plus intensive (notamment dans les campagnes avec la mécanisation de l’agriculture et la découverte des engrais chimiques) mais aussi avec un confort et une durée de vie qui se sont nettement améliorés... dans les pays du Nord du globe tout du moins !


Totalement dépendant des énergies fossiles depuis cette période... Des études montrent que depuis 1968, la variation du PIB mondiale est corrélée à la variation de la production mondiale de pétrole.



La correlation entre la production pétrolière et le PIB est malheureusement flagrante. Et aujourd’hui, le sacro-saint PIB a un sérieux caillou dans sa chaussure : nous aurions, en effet, atteint le pic de production du pétrole conventionnel depuis…2006 ! Depuis cette date, la planète est de moins en moins généreuse, et il faut forer toujours plus loin ou toujours plus profond pour découvrir de nouveaux gisements, ce qui consomme toujours plus de, devinez-quoi… pétrole !


Notre rythme de consommation de ce carburant fossile est aujourd’hui 7 fois supérieur au rythme de découverte d’un nouveau baril, le tout dans une société où la consommation de biens et la population mondiale continuent d’augmenter au gré de la raréfaction des ressources. La production de pétrole devrait décliner rapidement à partir de 2030, selon les estimations, entrainant dans le même temps, une hausse record des prix et une pénurie mondiale.


D’après le graphique précédent, la baisse du pétrole va donc sérieusement impacter l’économie mondiale. Or, nous fonctionnons aujourd’hui avec un système financier basé sur les dettes, qui a besoin de croître continuellement… pour ne pas s’effondrer ! Il est donc clair que sans une véritable transition énergétique, nous devrons nous préparer à faire face dans les prochaines décennies à une puissante récession économique, que notre système financier, tel qu’il est conçu, ne pourra structurellement pas supporter. Rappelons que l’ensemble des places financières internationales sont étroitement interconnectées : le défaut d’une seule banque peut, comme en 2008, entrainer la chute de toutes les autres.


Si ce tableau que vous nous dressons semble noir pétrole, certains experts économiques et scientifiques semblent conserver de l’espoir dans le développement rapide des énergies renouvelables (ENR) : elles pourraient permettre le découplage de la croissance économique et de la production de pétrole, si tant est qu’on leur donne une place significative dans notre paysage énergétique, et ce dans les prochaines années.



Acte 2 – il fait chaud, de plus en plus chaud.

Ces histoires de raréfaction du pétrole (et de façon générale, de l’ensemble des ressources fossiles), et ses impacts potentiels sur le système financier sont, certes, peu réjouissantes. Néanmoins, si nous n’avions que des questions de transition énergétique et de transformation du système financier à gérer, cela serait ardu mais pas impossible. Hélas, nous faisons face aujourd’hui à un autre problème majeur. Dans notre course à l’infinie croissance, nous avons profondément et durablement abîmé la planète qui nous héberge, avec des impacts déjà considérables et surtout irréversibles.


Comme nous l’avons vu, les carburants fossiles sont à la fois fondations et chefs de chantier de notre civilisation industrielle. Mais ils sont aussi à l’origine du désastre écologique et du réchauffement climatique que nous sommes en train de vivre. Les émissions de gaz à effet de serre (GES) générés par les entreprises, les transports, l’agriculture intensive, l’alimentation trop carnée ou encore le digital, que l’on oublie trop souvent (Pour en savoir plus, lire notre article sur la pollution numérique), ont déjà fait monter la fièvre de notre planète de 0.85°C depuis 1880. Dérisoire direz-vous ? Et pourtant, cette augmentation a déjà entrainé des phénomènes naturels d’une rare violence, des vagues de chaleur ou de froid inédites dans l’histoire de la météorologie, la disparition totale d’écosystèmes terrestres ou marins et l’extinction de 60 % des populations d’espèces sauvages depuis 1970. En 2009, une équipe internationale de 26 chercheurs publiait un article dans les revues Nature et Ecology and Society, dans lequel elle identifiait neuf limites planétaires (planetary boundaries) à ne pas dépasser, sans quoi la pérennité même de l’espèce humaine sur la Terre serait menacée. A l'époque les auteurs considéraient que les seuils étaient dépassés pour trois des sept limites et deux n'avaient pu être quantifiées par manque de données (Pour en savoir plus, regarder la rediffusion du Webinaire avec A. Boutaud). D’ici à 2030, le climat pourrait augmenter encore de 2 à 5°C, les conséquences environnementales seront évidemment critiques.


Nous pouvons notamment nous attendre à des phénomènes tels que :

  • La fonte des glaciers,

  • La hausse du niveau des océans,

  • Le développement croissant de zones non vivables pour la majorité des espèces vivantes, dont l’Homme (au-delà de 50°C par exemple) ce qui provoquera d’importantes vagues migratoires,

  • Une extinction de masse d'espèces vivantes,

  • Des maladies, guerres et famines.


Acte 3 : une histoire d’argent mal distribué

Malgré la baisse inquiétante des ressources-clé de la planète, de nombreux philosophes et économistes continuent de plaider en faveur du progrès et de la croissance économique, en les teintant de vert. Ils nous mettent en garde contre le principe de sobriété et crient haro sur la décroissance, qui aggraveraient selon eux, les inégalités dans le monde et menaceraient notre système financier. Malheureusement, c’est oublier un peu trop vite, que c’est précisément ce régime de croissance insatiable de ressources et de richesses qui n’a cessé d’accroître durant ces derniers siècles, la fracture sociale et sociétale entre les pays riches et les pays pauvres. Pour vous donner quelques chiffres-clés :

  • Un habitant d’un pays riche a un pouvoir d’achat en moyenne 34 fois supérieur à celui d’un habitant d’un pays pauvre.

  • Les 5 % les plus riches captent un tiers des revenus mondiaux. Les 8 % les plus riches captent plus de la moitié des revenus

  • Les 5 % les plus riches gagnent en 48 heures ce que gagnent les 5 % les plus pauvres en une année.

  • L’espérance de vie d’un habitant d’un pays riche est de 30 ans supérieure à celle d’un habitant d’un pays pauvre.


Nous n’avons pas abordé la question des inégalités sociales dans notre première partie, et c’est justement un reproche qui est très souvent adressé à Jared Diamond : il les a totalement occultées. Pourtant elles ont bien participé à l’effondrement des grandes civilisations que nous avons évoquées précédemment.


C’est ce qu’a prouvé une équipe multidisciplinaire composée d’un mathématicien, d’un sociologue et d’un écologue en développant le modèle HANDY (Human and Nature Dynamics), dont l’objectif était de simuler les dynamiques démographiques d’une civilisation fictive soumise à différentes contraintes biophysiques. Les résultats de cette étude ont démontré qu’une société inégalitaire où les élites s’accaparaient les richesses au détriment des populations moyennes ou modestes s’effondrait quoi qu’il arrive, selon 2 scénarios : l’épuisement de l’environnement et de ses ressources ou l’épuisement des classes moyennes et modestes qui fournissent la force de travail et sont les piliers de l’économie.





Et pourtant, il reste de l’espoir.


Nous faisons actuellement face à un écosystème planétaire au modèle énergétique dépassé, aux inégalités sociales en constante croissance, à la finance fragile et à l’environnement durablement altéré : jusqu’à quand tiendra-t-il et par où l’effondrement arrivera (s’il arrive) ? Et, autre question, sommes-nous encore capables de l’éviter ?


Aujourd’hui malheureusement, la classe politique internationale prend lentement conscience de l’urgence climatique et sociale qui nous guette, et les politiques de transition écologique et énergétique sont d’une effroyable mollesse. Prenons pour exemple l’ensemble des sommets internationaux, ultra médiatisés, de ces dernières années (sommets de Stockholm, Rio, COP21…). Ils ont promis des objectifs de réduction des émissions de GES. Ont-ils eu le moindre effet ? Absolument pas, et c’est même tout le contraire : les pays les plus polluants polluent toujours plus, et le carbone continue de s’accumuler dans l’atmosphère. Aujourd’hui, l’ambition de juguler la hausse de la température mondiale à 1.5°C entre 2030 et 2050 est déjà largement dépassée : au rythme de la croissance de nos émissions de GES (qui devraient déjà être en baisse) et sans réelle inflexion, le réchauffement sera plutôt de l’ordre de 2 à 4°C.


Malheureusement, les ambitions électoralistes de nos gouvernants, projetées sur des durées de 5 à 7 ans, se moquent des prévisions alarmantes à horizon 2030-2050. Et l’influence des lobbys pétroliers, financiers, technologiques ou encore alimentaires, n’aident pas à comprendre la criticité de notre situation… Pourtant, si on veut éviter le mur, c’est dans les 3 à 5 prochaines années qu’il faudra réagir, sinon il sera trop tard.


Alors faut-il baisser les bras ? Justement non !

L’histoire a montré, que face à de grandes crises, qu’elles soient d’origine humaine ou naturelle, les populations ont toujours su faire preuve d’une très grande solidarité et d’une résilience sans faille. Le temps n’est pas encore écoulé pour notre espèce, mais il est assurément compté.


Si nous pouvons espérer un miracle technologique, qui nous sortirait de l’ornière climatique, notre société ne saura perdurer sans un changement profond dans notre façon d’habiter la planète. Il est tout d’abord, plus que jamais tant de faire entendre nos voix face aux politiques, qui, aujourd’hui, retardent autant que possible ce virage énergétique, financier et social qui va à l’encontre de leurs intérêts personnels. Pour cela, descendons dans la rue lors de Marches pour le Climat ou autres manifestations, rejoignons-nous au sein d’associations et de collectifs citoyens qui réfléchissent à des solutions concrètes, œuvrent pour la préservation de la biodiversité, la justice sociale et la solidarité envers les plus démunis, ou proposent une transition douce vers des comportements éco-responsables. A titre personnel, chacun d’entre nous a une grande marge de réduction de ses émissions de carbone, en repensant son alimentation (par exemple en réduisant significativement sa consommation de viande rouge) et sa façon de se déplacer, en consommant local, en réduisant ses déchets et en faisant pression sur les entreprises et les collectivités pour qu’elles accélèrent leur transformation.


Dans un précédent article sur la solidarité écologique, 3 chantiers que chacun d’entre nous pouvait initier à son échelle étaient cités :

  • Prendre conscience des liens qui nous relient aux autres et à la nature, et du fait que chacun de nous est dépendant.e de tout ce qui l’entoure

  • Élargir notre environnement, c’est-à-dire réaliser que le monde ne s’arrête pas à notre environnement direct, à notre vision des choses, mais qu’il est bien plus vaste et contrasté (variété de paysages, de modes de vie, de façons d’être, de besoins…)

  • Penser nos actes et leurs conséquences, car tous nos choix sont importants dans la mesure où ils impactent le reste de la planète (par exemple, lire cet article requiert d’avoir un appareil électronique qui a demandé des ressources pour être produit, comme des métaux rares. Où et comment ont-ils été extraits ? Cet appareil a également besoin d’énergie pour fonctionner. Comment est-elle produite ? Quels impacts cela peut-il avoir sur d’autres vies ?)


Extrait du livret La solidarité écologique illustrée, par Raphaël Mathevet et Coline Therville.


Aujourd’hui l’urgence climatique nous impose de repenser notre mode de consommation et de vie, pour aller vers plus de fraternité et d’équité entre les populations, de remettre l’Humanité dans la Nature, d’apprécier le moment présent. Doit-on vraiment le regretter ? Et si l’avenir de l’Homme était une redécouverte de son Humanité ?



Pour aller plus loin


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