Manger hors saison, quel coût environnemental ?
- Etats Sauvages

- il y a 3 jours
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Tomates et fraises en hiver ? Aujourd’hui, beaucoup de fruits et légumes sont disponibles toute l’année dans les rayons. Derrière cette abondance se cachent des modes de production et de transport énergivores : un coût invisible, mais conséquent. Consommer de saison apparaît alors comme un levier simple et concret pour réduire son impact environnemental.
Une disponibilité permanente devenue la norme
Nous sommes de plus en plus soucieux de l’environnement. Pourtant, dans les faits, nos habitudes de consommation ne suivent pas toujours. Il suffit de regarder les rayons de supermarchés pour se rendre compte que la grande distribution donne accès à une grande variété de fruits et légumes tout au long de l’année. Cette disponibilité permanente influence nos choix et réduit notre conscience de leur saisonnalité. A cela s'ajoute l’offre de produits issus de différentes cultures alimentaires (Mexique, Chine, Inde...) qui repose souvent sur des ingrédients importés ou cultivés hors saison.
Ces pratiques de production, et de consommation, ne sont pas anodines sur le plan environnemental.

Produire hors saison : un coût énergétique certain
Afin de cultiver certains légumes en hiver, il est nécessaire de recréer des conditions artificielles. En France, on passe par l’utilisation de serres chauffées qui permettent de contrôler la température, la chaleur, la lumière pour optimiser la croissance des plantes.
Cependant, la création de ces conditions artificielles implique une forte consommation en énergie. En moyenne, la dépense énergétique d’une serre chauffée est estimée entre 200 et 500 kWh/m²/an. À l’inverse, une tomate cultivée en plein champ nécessite peu d’énergie puisque les conditions de sa croissance sont naturellement présentes.
Toutes les serres ne présentent pas les mêmes besoins énergétiques, et leur impact environnemental varie en conséquence. Toutefois, une production intensive engendre inévitablement un impact environnemental notable qui s’accentue, dans un second temps, en fonction des distances et des moyens nécessaires à l’acheminement des produits.

Le transport, un poids lourd dans l’empreinte carbone
S’ils ne sont pas produits localement, les fruits et légumes doivent être importés par camion, bateau ou encore par avion : un acheminement particulièrement polluant.
Le fret aérien, privilégié pour les produits fragiles et périssables comme les fruits rouges, par exemple, est associé à de fortes émissions de gaz à effet de serre. A poids égal, il s’agit d’un des modes de transport les plus polluants, en particulier pour de longues distances.
Le transport maritime, bien que moins émetteur, constitue néanmoins une source de pollution significative à grande échelle. De son côté, le transport routier est largement privilégié pour les échanges au sein d’un même continent. Or, il s’avère particulièrement émetteur, générant en moyenne entre 100 et 150 g de CO₂ par tonne et par kilomètre, soit un niveau d’émissions nettement supérieur à celui du transport ferroviaire ou maritime.
Dans ce contexte, consommer local permet généralement de réduire l’impact lié au transport, notamment en limitant les longues distances parcourues par certains produits importés. Toutefois, cette approche a ses limites : des trajets courts peuvent parfois engendrer davantage d’émissions, en particulier lorsque les volumes transportés sont faibles ou les modes de transport peu optimisés.
Ainsi, l’impact environnemental d’un aliment ne dépend pas uniquement de sa provenance géographique, mais aussi de son mode de production et de transport. Privilégier le local ne suffit donc pas, et le respect de la saisonnalité constitue également un critère essentiel pour limiter l’empreinte écologique.

Stockage et conservation, maillons énergivores de l’importation
Les fruits et légumes importés nécessitent souvent des durées de stockage prolongées avant leur consommation. Plus la distance parcourue est importante, plus le recours à la réfrigération en chambre froide est indispensable afin de ralentir leur maturation et leur dégradation. Or, ces systèmes de conservation sont énergivores, ce qui alourdit l’empreinte environnementale des produits.
Par ailleurs, pour faciliter le transport et limiter les pertes, les récoltes sont fréquemment réalisées avant la pleine maturité des produits. Si cette pratique permet d’éviter le pourrissement durant l’acheminement, elle présente des inconvénients : les fruits et légumes cueillis trop tôt offrent généralement une qualité gustative moindre et sont moins riches sur le plan nutritionnel.
Ainsi, au-delà du transport, les conditions de stockage et les méthodes de récolte influencent fortement à la fois l’impact environnemental et la qualité des produits.
Changer ses habitudes pour réduire son impact

Consommer des fruits et légumes de saison permet de profiter des conditions naturelles de production, diminuer les besoins en chauffage, en éclairage, en réfrigération, ainsi que les distances de transport. De plus, les produits de saison, souvent récoltés à maturité, ont eu le temps de mûrir au soleil. Ils ont meilleur goût et, chargés en vitamines, peuvent offrir toutes leurs qualités nutritionnelles.
Adopter une alimentation de saison suppose de faire évoluer certaines habitudes de consommation, mais cela peut se traduire par des gestes simples et accessibles au quotidien. Par exemple, il est utile de vérifier l’origine des produits, de privilégier les circuits courts (vente directe, marchés, AMAP) ou encore de choisir des aliments cultivés localement et en plein champ plutôt que sous serre chauffée. Ces pratiques permettent non seulement de réduire l’empreinte environnementale liée au transport et à la production, mais aussi de soutenir l’agriculture locale.
Pour faciliter cette transition, il est également possible de s’appuyer sur des calendrier de saison, qui indique quels fruits et légumes consommer à chaque période de l’année. Ces repères aident à diversifier son alimentation, à redécouvrir certains produits parfois oubliés et à consommer des aliments à leur pleine maturité, plus savoureux et plus riches sur le plan nutritionnel.
Alors en avril, finis les brocolis, et vive les radis !





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