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La perte de la biodiversité des sols : enjeux et actions

En décembre 2022, les gouvernements du monde entier se sont réunis à l’occasion de la quinzième Conférence des Nations Unies sur la biodiversité. Un des problèmes abordés a été celui de la perte de la biodiversité des sols qui reste une des menaces principales à la sécurité alimentaire dans beaucoup de régions du monde. Qu'est-ce que la biodiversité des sols, et comment participe-t-elle à notre sécurité alimentaire ?




La biodiversité des sols est définie comme « la variété de la vie souterraine, depuis les gènes et les espèces jusqu’aux communautés qu’ils forment, ainsi que l’ensemble de l’écosystème-sol ».

Les sols sont les habitats les plus divers de la planète. Chaque gramme de sol a le potentiel d'abriter un milliard de cellules bactériennes, plus de deux cents mètres d'hyphes de champignons, et une multitude d'organismes. Les sols sont aussi un des principaux réservoirs mondiaux de biodiversité : la majorité des animaux terrestres sont associés aux sols à une étape au moins de leur cycle de vie (Decaëns et al 2006).

Les sols et la multitude d’organismes qu’ils abritent, des bactéries aux champignons et aux vers de terre, assurent des services fondamentaux pour le maintien de la vie sur terre. Ils stockent et filtrent l’eau, constituent des réserves de nutriments et des puits de carbone. Ce sont en fait les plus grands réservoirs de carbone au monde, stockant autour de quatre fois plus de carbone que les autres écosystèmes terrestres combinés. Pour les humains et les autres espèces sur terre, ils sont source de nourriture, de biomasse, et de fibres.




Une ressource menacée


Cette ressource précieuse forme le premier maillon d’une chaîne écologique et alimentaire pour toute la planète. Cependant, la façon dont nous la gérons menace la santé et la survie de nombreuses espèces sur terre, y compris l’espèce humaine.

La plus grande menace portée à la biodiversité des sols est la dégradation des sols eux-mêmes, définie par l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) comme « un changement dans l'état de santé du sol qui entraîne une diminution de la capacité de l'écosystème à fournir des biens et services pour ses bénéficiaires ». A l’échelle mondiale, jusqu’à 40% de nos sols sont considérés dégradés, ou en voie de dégradation. Dans l’Union Européenne, ce chiffre est de 60 à 70%.


L’agriculture moderne, ou agriculture productiviste, en est une cause majeure. Deux tiers de la dégradation mondiale des sols sont dus à l’agriculture intensive, caractérisée par une forte utilisation de produits phytosanitaires (pesticides, herbicides) et d’engrais, des labours fréquents et profonds, et par l’utilisation de machines lourdes qui compactent le sol. Ces activités nuisent à la santé des sols en perturbant l’équilibre biologique, réduisant la quantité de matière organique (source d’énergie et d’habitat pour la biodiversité) et modifiant ses caractéristiques physiques et chimiques.


L’agriculture intensive est aussi responsable de 90% de la déforestation mondiale. La déforestation implique souvent l'élimination de toute matière végétale vivante, engendrant une série d’impacts écologiques graves, dont une perte de matières organiques et de nutriments qui perturbe l'habitat des organismes du sol et ses propriétés physiques.


Le changement climatique représente également un danger pour la biodiversité des sols. Les variations de températures et des taux et fréquences des précipitations ou des incendies changent les systèmes écologiques, avec des répercussions sur la biodiversité. En particulier, la perte de couvert végétal due à la déforestation, à la sécheresse ou aux incendies peut engendrer un assèchement excessif et donc une perte rapide de matière organique. De plus, les terres exposées, sans couvert végétal, sont plus susceptibles à l’érosion éolienne ou hydrique, ce qui accélère le processus de dégradation.




Comment agir ?

Protéger la biodiversité des sols nécessite d’adopter une approche holistique, capable de gérer ce qui la menace afin de continuer à nourrir une population toujours croissante.


Une solution possible est le programme de restauration des terres proposé par la Convention des Nations Unies pour combattre la désertification (UNCCD) dans un rapport publié en 2022. Les auteurs présentent la restauration des terres, c’est-à-dire un continuum de pratiques de gestion durable des terres et des eaux, comme une solution rentable pour aider à inverser le changement climatique et la perte de biodiversité causée par la surexploitation des ressources de la planète.


Ils estiment que les sols sont le lien opérationnel entre la perte de biodiversité et le changement climatique. La restauration des sols dégradés offre le terrain le plus fertile sur lequel entreprendre une action immédiate.


Rétablir la santé des sols contribuerait « à ralentir le réchauffement climatique, à réduire le risque, l'échelle, la fréquence et l'intensité des catastrophes (pandémies, sécheresses, inondations) et faciliterait le rétablissement de l'habitat essentiel de la biodiversité et de la connectivité écologique pour éviter les extinctions et restaurer le mouvement libre des espèces et le flux des processus naturels qui soutiennent la vie sur Terre » – UNCDD Global Land Outlook 2022

Les conséquences de cette approche pourraient être impressionnants. Prenons pour exemple l’initiative « quatre pour mille » de l’Union pour la Conservation de la Nature (IUCN). Cette initiative vise à augmenter chaque année le carbone organique présent dans les 30 à 40 premiers centimètres du sol de 0,4% par rapport à son niveau actuel. En plus des bienfaits pour la santé et la biodiversité des sols que cette initiative représente, atteindre cet objectif pourrait augmenter le rendement cumulatif de maïs, blé et riz dans le monde de 88% et économiser 44 milliards de dollars par an en coûts d’irrigation, deux résultats bénéfiques pour la sécurité alimentaire de la planète.


D’autres solutions concernent l’agriculture intensive à l’échelle régionale ou nationale. Depuis 2020, l’UE a adopté une stratégie qui vise à réduire l'usage de pesticides chimiques de 50% et d’engrais de 20% avant 2030 et à promouvoir l’agriculture durable dans l’Union. L’UE a aussi pris les premières mesures pour une législation établissant des règles strictes sur l’importation et l’exportation de produits agricoles de base liés à la déforestation (huile de palme, soja, café, cacao, bois et caoutchouc). Une fois cette législation adoptée, ces produits ne contribueront plus à la déforestation et à la dégradation des forêts dans l'UE ni ailleurs dans le monde. En France, le Plan biodiversité a pour objectifs d’agir pour protéger la biodiversité des sols, en luttant contre l’artificialisation, en promouvant l'agriculture de conservation des sols, et en investissant dans la recherche.




D’autres actions sont également possibles à l’échelle locale ou individuelle. Une option est de favoriser des produits issus d’agriculture biologique et locale, moins polluante, moins énergivore et plus protectrice des sols et des eaux que l’agriculture intensive. Les Associations pour le maintien d’une agriculture paysanne (AMAP) peuvent être un bon point de départ pour ceux qui cherchent à soutenir l’agriculture paysanne qui a du mal à subsister face aux produits issus de l’agriculture intensive.


Une autre option pour ceux qui ont des jardins consiste à appliquer les principes et méthodes de permaculture. En 1978, les biologistes David Holmgren et Bill Mollison décrivent pour la première fois la permaculture comme étant un « système intégré et évolutif de plantes pérennes, vivaces qui se perpétuent d’elles-mêmes, ou d’espèces animales utiles à l'homme ». Ce système holistique part de trois principes, qui font écho aux principes de l’agriculture durable, concept qui apparait un an plus tôt : prendre soin de la terre ; prendre soin des humains ; partager équitablement. La permaculture suggère une approche qui cherche à nourrir et protéger les sols et leur biodiversité, pour favoriser un rendement durable. En effet, la bêche, les engrais et les pesticides sont proscrits, et la terre est améliorée grâce à des méthodes naturelles. Certaines méthodes qui peuvent être appliquées facilement chez soi incluent :

  • Pailler le sol, c’est-à-dire couvrir la surface du sol avec des feuilles mortes, de la paille ou des tontes de gazon. Le paillage sert à limiter les herbes indésirables, amoindrir les taux d’évaporation et protéger le sol.

  • Faire du compost et l’incorporer dans le sol, ce qui donne un sol plus fertile et permet de recycler des déchets de cuisine et de jardins qui seraient autrement gaspillés.

  • Utiliser des « engrais verts », des plantes cultivées pour améliorer la fertilité et la structure du sol. En effet, certaines plantes peuvent aider à fixer l’azote, augmenter la perméabilité du sol, ou étouffer les mauvaises herbes.


En protégeant les sols, ces méthodes permettent aux jardiniers de protéger leur biodiversité, tout en donnant un jardin productif et attirant la biodiversité terrestre.


La prochaine étape


Il faut noter que le rapport de la Conférence des Nations Unies sur la biodiversité de 2022 fait valoir qu’en raison du manque de données, la perte de biodiversité est probablement plus grave que l’estimation actuelle qu’on en fait. La promotion de la recherche et le partage des connaissances liées à la préservation, à l’utilisation et à la gestion durable de cette biodiversité restent donc une priorité pour lutter contre le changement climatique et la perte de biodiversité mondiale, ainsi que pour assurer notre sécurité alimentaire.


 


Pour aller plus loin :

Films :

Livres & rapports :

Sites internet :

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