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Les zones humides : écosystèmes méconnus mais essentiels

Marais, mares forestières, tourbières, étangs, marécages... les zones humides ont longtemps subi des préjugés négatifs  : zones à moustiques, insalubres, vecteurs de maladies. Et pourtant, saviez-vous qu’elles représentent un allié de taille pour la biodiversité ? En effet, leurs nombreux services écosystémiques ont une valeur inestimable et leur préservation est aujourd'hui reconnue comme essentielle dans la lutte contre le changement climatique.

Qu’est-ce qu’une « zone humide » ?


Comme son nom l’indique, c’est une zone où l’eau est la principale actrice du milieu naturel. Selon le code de l'environnement, ce sont des « terrains, exploités ou non, habituellement inondés ou gorgés d'eau douce, salée ou saumâtre, de façon permanente ou temporaire, ou dont la végétation, quand elle existe, y est dominée par des plantes hygrophiles (ndlr. qui ont une préférence pour les milieux humides) pendant au moins une partie de l’année ».


Véritable refuge d’une biodiversité remarquable, les zones humides rythment la vie des animaux et végétaux qu’elles abritent. Cette appellation regroupe un grand nombre d’écosystèmes plus ou moins connus du grand public comme les marais, tourbières, prairies humides, lagunes, mangroves, estuaires, rizières, etc.



Pas une, pas deux… mais plusieurs fonctions écosystémiques fondamentales !



Comme tous les écosystèmes, les zones humides jouent plusieurs rôles essentiels et fournissent de nombreux services à l’ensemble des êtres vivants.


  • Régulation du cycle de l’eau : Ces zones agissent comme des « éponges naturelles » en absorbant et en stockant l’eau lors des fortes précipitations et en la relâchant lors des périodes de sécheresse. Cette caractéristique leur permet d’assurer une fonction majeure dans la régulation de l’eau, telle que la recharge des nappes phréatiques ou la prévention des inondations.


  • Filtration de l’eau : Elles servent de véritable filtre naturel de l’eau, permettant d’en améliorer la qualité, grâce à leur végétation spécifique capable de piéger des polluants, de la matière organique en excès ou en suspension. Cette flore abondante peut aussi absorber les minéraux essentiels à son bon développement.


  • Réservoir de biodiversité : Les milieux humides sont porteurs d’une biodiversité riche, ils accueillent de nombreuses espèces animales et végétales, inféodées ou non, installées ou de passage pour une étape de leur cycle de vie (repos, alimentation, reproduction...). En France 100% des amphibiens (grenouilles, crapauds, tritons…), la moitié des oiseaux, et 30% des plantes remarquables et menacées, ainsi qu’un grand nombre d’insectes de poissons ou de mollusques dépendent directement de ces milieux. Ces habitats sont c donc reconnus pour leur valeur écologiques , c’est-a`-dire pour leur importance et leur contribution a` l’équilibreet au bon fonctionnement de l’écosystème.


  • Protection des sols et des côtes : Elles agissent comme des barrières naturelles contre l’érosion et les tempêtes. En effet, la végétation propre aux zones humides ralentit l’écoulement des eaux, et évitent le transport de la terre.


  • Stockage du carbone : Riche en matières organiques les milieux humides disposent de conditions de milieu uniques (faible température, engorgement, acidité des eaux….) et font partie des écosystèmes les plus efficaces pour stocker le carbone. Cette capacité de séquestration du carbone est essentielle dans notre société actuelle dont la production de Co2 atmosphérique est en constante évolution. A titre d’exemple, les tourbières renferment 30% du stock de carbone des sols mondiaux, alors qu’elles ne représentent que 3% des terres émergées de la Terre ! A elles seules, « elles stockent deux fois plus de carbone que toutes les forêts du monde » d’après une étude du CNRS.


  • Régulation climatique : les zones humides agissent comme de véritable ilots de fraicheur grâce à leurs propriétés et mécanismes uniques : les plantes et la végétation présentes transpirent et libèrent de l'humidité dans l'air par un processus appelé évapotranspiration. Ce processus aide à rafraîchir l'environnement en réduisant la température ambiante. De plus, les milieux humides, souvent caractérisés par une canopée dense, offrent des zones d’ombre , réduisant ainsi l'exposition directe au soleil.


Les zones humides jouent ainsi un rôle vital dans la régulation du cycle de l'eau, la préservation de la biodiversité, la filtration de l'eau, le stockage du carbone, la régulation climatique, la protection contre les catastrophes naturelles et la fourniture de ressources économiques. La préservation et la gestion durable des zones humides sont essentielles pour assurer un environnement sain, une biodiversité riche et le bien-être de la population.



Les menaces qui pèsent sur les zones humides



Malheureusement, ces écosystèmes sont fortement menacés par les activités anthropiques et les changements globaux. Selon l’IPBES, 87% des zones humides ont disparu dans le monde entre le XVIIIème siècle et le début des années 2000. Entre 1970 et 2015, environ 35% des zones humides de la planète ont disparu et ce déclin s'est accéléré depuis 2000, selon les premières Perspectives mondiales pour les zones humides de la Convention de Ramsar, menaçant de nombreuses espèces, qui se retrouvent en danger d’extinction.


Parmi les causes de cette disparition accrue, on retrouve l’urbanisation, le drainage, l’assèchement, l’intensification de l’agriculture et de l’exploitation forestière, l’aménagement des cours d’eau…


A l’origine de nombreux problèmes environnementaux, démographiques et sociétaux, le réchauffement climatique est à nouveau incriminé dans le dérèglement des zones humides. En effet, en entraînant des modifications des régimes de précipitations, de l'élévation du niveau de la mer et des températures, il perturbe également l'équilibre hydrologique de ces zones fragiles. Plus exactement, cette chaîne de cause à effet est à l’origine d’une salinisation des eaux douces, d’une perte de biodiversité et de la disparition de certaines espèces adaptées à des conditions spécifiques.


L'arrivée d'espèce exotiques envahissantes a également un impact négatif sur les zones humides. Ces espèces invasives peuvent supplanter les espèces indigènes, altérer les habitats et perturber les interactions écologiques.


De plus, les milieux humides sont victimes de la pollution notamment celle des eaux usées, non traitées, les rejets industriels et les ruissellements agricoles, porteurs de différents intrants chimiques. La pollution plastique a également un impact dévastateur et est au cœur des problématiques de préservation des zones humides côtières. En effet, les zones humides côtières sont polluées par les 5000 milliards de particulesde plastiques estimées à la surface des océans, selon l’étude « Plastic pollution in the world’s oceans: more than 5 trillion plastic pieces weighing over 250 000 tons afloat at sea ».


Enfin, la surexploitation des ressources naturelles des zones humides, comme la pêche, l'exploitation forestière et l'extraction de tourbe, peut entraîner une dégradation rapide des écosystèmes. D'après l'ONU, les zones humides disparaissent trois fois plus vite que les forêts !



Outils réglementaires et mesures de protection des zones humides



Selon le Ministère de l’écologie, 58% des superficies des zones humides sur le territoire français relèvent d’une « importance majeure ». Heureusement, des mesures de protection et des outils réglementaires existent à l’échelle internationale, nationale et locale pour assurer la protection des zones humides.


Le code de l’environnement

Tout d’abord, le code de l'environnement prévoit des mesures de protection en termes de biodiversité, de préservation des habitats naturels et d'équilibre écologique. mais aussi des sanctions en cas de destruction ou de dégradation de zones humides protégées.


Le Plan d’Actions des Zones humides

Utilisé par les gouvernements nationaux, les organisations internationales, et les organismes de protection de l’environnement, le Plan d’Action des Zones humides (1994) marque la volonté d’agir pour arrêter la dégradation des zones humides. L’objectif principal de ce plan d’actions est de préserver les fonctions écologiques des zones humides telles que la régulation du cycle de l’eau, la filtration des polluants, la protection contre les inondations, et l’habitat pour une biodiversité riche. Il se traduit par plusieurs mesures d’application :

  • La cartographie et l'inventaire des zones humides existantes pour mieux comprendre leur étendue et leur état de conservation.

  • La création de réserves naturelles ou de zones protégées pour préserver les zones humides les plus importantes.

  • L'élaboration de réglementations et de politiques de gestion intégrées pour assurer une utilisation durable des zones humides tout en minimisant les impacts négatifs.


Plan national des zones humides

En 2022, un quatrième plan national zones humides (2022 - 2026) a été mis en place. Ce plan est une sous branche de la Stratégie nationale biodiversité 2030, une initiative mise en place pour protéger, restaurer et valoriser la biodiversité et les services écosystémiques en France. Cette dernière vise à répondre aux enjeux urgents de perte de biodiversité et à atteindre les objectifs mondiaux fixés par la Convention sur la diversité biologique.


Ce plan se décline en trois axes que sont :

  • agir : « intégrer davantage des milieux humides dans les aires protégées et développer des actions visant à restaurer les milieux dégradés »

  • mobiliser : « favoriser les pratiques qui protègent ces espaces, inscrire les réponses que ces milieux apportent dans les grandes conventions internationales et les travaux européens, renforcer la formation et la sensibilisation à tous les niveaux »

  • connaître : « développer et mettre à disposition la connaissance sur les milieux humides en renforçant les outils stratégiques pour leur identification et leur évaluation, et accroître les actions de recherche pour améliorer la gestion »


Le Convention de Ramsar

La Convention de Ramsar est un traité international qui a été adopté le 2 février 1971 pour la conservation et l'utilisation durable des zones humides. Elle vise à enrayer la perte et la dégradation continue de ces milieux en reconnaissant leur valeur écologique, économique, culturelle et récréative. A la suite de cette convention, 2300 sites Ramsar ont été créées dans le monde (dont 50 en France métropolitaine et outre-mer), ce qui en fait un des plus grands réseaux d’aires protégées au monde. Cependant, cela représente une faible proportion soit moins de 20 % des zones humides mondiales.


Intégrer les zones humides au plan Natura 2000

Enfin des outils réglementaires permettent d’appuyer et de renforcer l’application de mesures de protection des zones humides. Ainsi, la création de réserves naturelles, de parcs nationaux ou d'autres aires protégées peut offrir une protection légale aux zones humides et limiter voire interdire les activités humaines. Tel est le cas des textes de loi qui sous-tendent la création des zones Natura 2000 par le biais de :

  • L’identification des zones humides : Dans le cadre de Natura 2000, les zones humides d'importance écologique sont identifiées et désignées en tant que sites spéciaux de conservation (SSC) ou zones de protection spéciale (ZPS). Ces sites sont sélectionnés en fonction de leur valeur écologique, de la présence d'espèces rares ou menacées et de leur rôle dans le maintien des écosystèmes.

  • La conservation de la biodiversité : Les zones Natura 2000 fournissent un cadre juridique pour la protection des espèces animales et végétales présentes dans les milieux humides.

  • La gestion et restauration des milieux humides : des plans de gestion sont élaborés en collaboration avec les acteurs locaux, les propriétaires terriens et les parties prenantes pour assurer une utilisation durable des zones humides. Ces plans incluent souvent des mesures de restauration, de régénération et de réhabilitation des milieux dégradés.

  • La surveillance et le suivi : Les espaces Natura 2000 font l'objet d'un suivi régulier pour évaluer l'état de conservation des milieux humides et des espèces qui y vivent. Cela permet d'identifier les éventuels problèmes et de prendre des mesures correctives en cas de dégradation.



Gestion des risques et impacts environnementaux


Par ailleurs, les projets de développement, tels que la construction d’infrastructures ou l’aménagement du territoire, peuvent être soumis à une évaluation des impacts environnementaux. Les milieux humides sont souvent pris en compte dans ces évaluations, et si un projet est susceptible d’avoir un impact significatif sur ces écosystèmes, des mesures de protection ou de mitigation peuvent être imposées. Enfin, les réglementations d'utilisation des terres, telles que les plans d'urbanisme, les plans de gestion des bassins versants ou les plans locaux d'urbanisme, peuvent inclure des dispositions spécifiques pour la protection des milieux humides. Ces réglementations peuvent restreindre les activités liés à l'urbanisation, l'agriculture intensive ou l'extraction de ressources dans les zones humides.

Le saviez-vous ?
La Journée Mondiale des Zones Humides est célébrée le 2 février, en commémoration de la signature de cette convention de Ramsar. A l’occasion de cet événement, la sensibilisation et la promotion de l'importance des zones humides pour l'environnement et la société sont mis à l’honneur.


Comment agir pour préserver les zones humides ?


La sensibilisation et l’éducation constituent les premiers leviers d’action pour comprendre les enjeux liés à ces milieux. Il est ainsi nécessaire d’informer le public, les décideurs politiques sur l’importance de préserver et conserver ces écosystèmes fragiles, leurs fonctions et leurs avantages. Renseignez-vous sur les zones humides à proximité et soutenez les initiatives locales visant à les protéger. Vous pouvez également rejoindre des groupes ou participer à des activités communales de restauration et de nettoyage des zones humides.


En apparence anodines et sans lien direct, des petites actions peuvent être également mises en place au quotidien pour agir en faveur des zones humides :

  • adopter des pratiques de consommation d’eau responsable (réparation de fuite, récupération d’eau de pluie, méthodes d’irrigation efficaces…),

  • privilégier des produits cosmétiques, ménagers et d’entretiens respectueux de l’environnement et évitez les produits toxiques peuvant contaminer les eaux de ruissellement et nuire aux zones humides,

  • réduiser la pollution : minimiser l'utilisation de pesticides, d'engrais et d'autres produits chimiques dans les jardins ;

  • éviter de jeter des déchets ou des produits toxiques dans les égouts, les canalisations ou les cours d'eau,

  • respecter et appliquer la réglementation en vigueur dans sa région, à l’échelle locale,

  • participer à des programmes de surveillance et de suivi des zones humides : observation des oiseaux, collecte de données sur la qualité des eaux…

Chaque petite action peut avoir un impact significatif sur la santé et la durabilité des zones humides.




Les zones humides sont des écosystèmes essentiels et précieux qui fournissent une multitude de services écologiques, économiques et sociaux. Elles jouent un rôle crucial dans la régulation du cycle de l'eau, la protection contre les inondations, la filtration des contaminants, la recharge des nappes phréatiques et la prévention de l'érosion côtière. De plus, elles abritent une biodiversité exceptionnelle, offrant un habitat vital pour de nombreuses espèces végétales et animales, certaines étant même endémiques des zones humides.


Cependant, les zones humides sont confrontées à de nombreux défis et menaces, principalement dus à la conversion des terres à des fins agricoles, à l'urbanisation, à la pollution, à la surexploitation des ressources naturelles et aux changements climatiques


Il est donc crucial de reconnaître leur valeur et de les protéger de manière proactive. Des efforts de conservation et de restauration doivent être déployés pour préserver ces milieux précieux. Cela implique une participation active des gouvernements, des organisations non gouvernementales, des communautés locales et du grand public.


Préserver les zones humides, c’est ainsi maintenir la stabilité des ressources en eau, soutenir la biodiversité, atténuer les effets du changement climatique et créer des opportunités économiques durables.



 

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